Alinea #002 : Michel Plessix 1959-2017

Michel Plessix ne verra pas sa belle affiche dans les rues de Saint Malo au mois d’octobre, ni l’exposition prévue par l’équipe de Quai des Bulles, consacrant une carrière magnifique. Michel est mort cette fin d’été, laissant le souvenir d’un auteur rare, d’un homme généreux ainsi qu’une œuvre profondément humaniste…

Á l’occasion de Quai des Bulles, une exposition rendra hommage à sa personne et à son travail, accompagné des mots d’Emmanuel Lepage :

Le 21 aout 2017 Michel disparaissait brutalement. Ce fut, pour ses proches, la consternation. Cette brutalité ne lui correspondait pas.

Formé par Jean Claude Fournier à la fin des années 70, Michel était devenu un des grands de la bande dessinée en Bretagne …et ailleurs ! Ceux qui ont croisé son chemin le percevaient comme un poète bucolique, un voyageur nonchalant, un jeune homme charmant, drôle, fin, attentif aux autres. En trente ans il avait crée un monde à lui, où il se sentait à sa place. Dans son œuvre comme dans sa vie. Un dessin inimitable, profondément habité, sincère. Un passionné du monde animal, quelqu’un qui avait trouvé son univers. Nourri pendant l’enfance et l’adolescence à l’école franco-belge et aux dessins animés de Walt Disney, il fut de ceux qui proposèrent  de nouvelles formes de narration et de mise en scène.

Curieux, il s’était inspiré d’univers parfois très éloignés de la BD européenne. Il fut influencé par la bande dessinée chinoise (particulièrement dans la série Julien Boisvert  réalisée avec Dieter), les impressionnistes, les illustrateurs anglais et les peintres russes (dans l’univers du cycle  Le vent dans les saules), Omar Kayyam  et les écrivains voyageurs (dans le cycle Le vent dans les Sables et Là où vont les fourmis avec Frank Le Gall). Il fallait parfois attendre longtemps un nouveau livre, mais chacun recelait de pépites graphiques, d’astucieuses trouvailles narratives. On se perdait dans ses images gigognes où il s’amusait  à multiplier les clins d’œil (essayez de retrouver l’Origine du monde de Courbet dans Le vent dans les Saules !) et à l’univers de ses amis auteurs. Michel savait créer ces complicités. Il poursuivait son chemin avec obstination, rigueur …et passion. Oui, Michel était un être passionné …une passion contemplative. Sans éclat, sans colère, à son rythme. Il avait le temps pour lui. Du moins le croyait-il. Li zerbou Ma’tou comme il aimait dire : Ceux qui sont pressés sont déjà morts.

Michel scrutait le monde avec attention et voyait alors des choses  que nous, devenus des adultes trop pressés ou trop affairés sans doute, ne voyions pas ou plus. C’était pour lui, dans l’enfance, parfois idéalisée, que se trouvait  la sagesse. Michel voyait régulièrement  des étourneaux gober des moucherons en plein vol ! Il était là, et il était ailleurs en même temps.

La bande dessinée était sa tribu et il aurait aimé qu’elle reste dans un temps suspendu. Pour beaucoup  d’entre nous passer un moment avec lui, c’était comme si le temps s’arrêtait …et c’était délicieux. Michel était un nostalgique. Il aimait Essaouira sans doute parce que ça ressemblait à Saint Malo, le Saint Malo de son enfance. Il disait parfois qu’il se vivait comme un dinosaure car il lui semblait que ni sa technique manuelle (à l’heure du numérique), ni ses références graphiques ou narratives, ni son rythme de vie, ni  ce qui le faisait vibrer  n’étaient plus partagés… mais je doute qu’il n’ait jamais été de « son » temps ! Michel a fait une œuvre intemporelle, adossée au temps long.

Dans cette exposition, nous avons essayé de partager ce qu’était l’univers de Michel à travers ses  lectures, ses influences, ses objets familiers. Michel fut Julien Boisvert quand il fit ses premiers voyages en solitaire, il fut taupe et rat , crapaud parfois (si, si !) et bien sûr blaireau à qui il aurait aimé, je crois, ressembler une fois devenu vieux et sage.

Michel était notre ami, notre complice, notre compagnon de route. Quand il s’est agit de lui rendre hommage, tout de suite nous fûmes nombreux à proposer notre aide. Cette exposition quelque peu improvisée dans l’urgence, sans doute chaotique, éminemment subjective dans ses choix, est avant tout une façon de dire que nous l’aimions.

Emmanuel Lepage

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Crédit photo  ©Chloé Vollmer-Lo. Crédit illustration  ©Malo Kerfriden.